Le musée

Michel Ciry

Artiste précoce et prolifique, Michel Ciry n’a cessé toute sa longue vie de suivre ses intuitions.

Ayant acquis une notoriété rapide avec la gravure, Michel Ciry est tour à tour et à la fois dessinateur, graveur, compositeur de musique, illustrateur, peintre, aquarelliste et écrivain. Attaché à Varengeville-sur-Mer où il choisit d’ancrer son travail et sa vie dès 1964, Michel Ciry donne libre court à une recherche picturale solitaire, ambitieuse et consciemment à contre-courant, habitée par une foi qui le questionne et qui éclaire son œuvre de l’intérieur.

Enfance. Michel Ciry nait le 31 aout 1919 à La Baule, dans une famille cultivée qui l’initie très tôt aux arts et permet une éclosion rapide de ses talents. Dès l’âge de huit ans, alors que la famille vit à Chatou, il prend des cours de dessin avec un professeur particulier où il montre vite d’excellentes dispositions, puis en 1934 il intègre l’École des Arts appliqués Duperré. A l’âge de 16 ans Michel Ciry grave son premier cuivre et il n’a que 19 ans lorsqu’il participe pour la première fois à l’exposition collective « Artistes de ce temps » au Petit Palais.

Les années 40. A cette époque, beaucoup de peintres-graveurs reconnaissent le jeune homme comme un de leurs pairs et il reçoit un nombre croissant de commandes d’ouvrages à illustrer de la part des éditeurs. En pleine Occupation, Il n’a que 22 ans quand en octobre 1941 il expose pour la première fois seul à la Galerie Le Garrec à Paris une vingtaine d’aquatintes inspirées par la technique de Goya, dont la presse se fait l’écho. Dès l’année suivante, il devient sociétaire la Société des peintres graveurs Français en même temps que Marie Laurencin et Hermine David. Parmi les œuvres romanesques et théâtrales qu’il illustre on compte des pièces de Camus, Les Justes, Caligula, Le Malentendu (1944) ; La Reine morte de Montherland (1942), Madame Bovary de Flaubert (1949).

Parallèlement à son activité d’illustrateur pour laquelle il est beaucoup sollicité, Michel Ciry poursuit sa trajectoire artistique personnelle, « suit sa boussole » selon ses mots, et participe à de nombreuses expositions de groupe en Europe, aux États-Unis et en Amérique Latine. Artiste prolifique et régulier, il organise ses journées de travail en alternant la pratique du dessin, de la gravure puis petit à petit de la peinture. Ancien élève de Nadia Boulanger, il consacre également une partie de sa journée à la composition musicale. En 1949, l’artiste de trente ans fait un voyage décisif à Assise, à la rencontre des moines franciscains, à la suite duquel il grave une « Tête de Christ » qui marque comme un tournant dans son œuvre. Selon Jean Adhémar, conservateur du cabinet des estampes de la BNF qui préface un volume de l’Œuvre gravé (1971) de l’artiste, « Ciry dit qu’il n’y a pas alors chez lui une crise religieuse mais un choc artistique sans raison extérieure, une sorte de révélation. » Une analyse que prolonge Roger Passeron, éditeur proche de Michel Ciry, qui note également que ce Christ de 1949 marque une rupture dans la quête artistique de Michel Ciry qui « désormais (…) se passionnera pour le visage humain. »

Au tournant des années 50, Michel Ciry traverse une phase iconoclaste où il détruit un grand nombre de ses œuvres, notamment les cuivres et les planches qu’il avait gravées entre 1939 et 1944, qu’il renie ou trouve trop éloignés de sa recherche présente. Les autocritiques sans appel de ses œuvres de jeunesse jalonnent son journal quotidien, commencé en 1943 et jamais interrompu depuis. Le recentrage de l’artiste autour du visage humain s’accompagne d’une phase créative intense où il décline et multiplie les épreuves de ses sujets souvent tirés du Nouveau Testament, comme la Déposition de croix, la Vierge à l’enfant, le Baptême du Christ, la Mise au tombeau. Pour Roger Passeron, « Jamais une spiritualité, une émotion aussi élevée, aussi grave, n’avait été traduite par lui auparavant. » Tout en creusant ces sujets en dessin et en gravure, Michel Ciry fait aussi la découverte de la peinture, qui à partir de 1952 prend une place croissante dans son travail.

En 1955 a lieu sa première exposition de peinture. Michel Ciry peint des visages, des mains, des corps interrogateurs, en recherche. En parallèle de ses voyages à travers l’Europe où il nourrit sa fascination pour les œuvres de Rembrandt, Memling, Holbein, et les maitres italiens, Michel Ciry poursuit son œuvre dans la maison de Chatou où il ancre son travail dans un rythme de vie intense et régulier, un tempo paisible qu’il a choisi, établi, et où la peinture prend petit à petit la place de la composition musicale qu’il finit par abandonner. A contre-courant de son époque, toute sa peinture se centre autour de la figure de ses personnages, de leurs mains, qui selon lui sont à elles seules un portrait.

Les années 60. Installé à Varengeville-sur-Mer en 1964, c’est dans une solitude artistique choisie, nourrie de beaucoup de voyages à travers l’Europe, de rencontres et soutenue par une correspondance nombreuse que Michel Ciry poursuit son cheminement avec une indépendance revendiquée vis-à-vis des modes de l’époque. « Nul besoin de boussole, je sais que là et là seulement est la route. On ne s’y bouscule pas » écrit-il en 1968, dans le premier tome de son journal publié en 1971, intitulé a posteriori « Le temps du refus ».

Michel Ciry continue à partir des années 70 de peindre et d’exposer dans les galeries et musées d’Europe et d’Amérique, son œuvre s’enrichit de nombreuses toiles et aquarelles, technique qu’il privilégie au cours de ses voyages où il peint dans ses carnets.

A partir des années 80, beaucoup d’expositions rétrospectives de son œuvre ont lieu notamment en France, en Suisse, et en Italie. Michel Ciry est fait chevalier puis officier de la Légion d’Honneur en 1974 puis en 1992 et il reçoit des prix de peinture et de gravure pour l’intégralité de son œuvre. Il cesse de peindre en 2008 à l’âge de 89 ans.

Préoccupé par l’idée de la transmission, il supervise en 2012 la construction de son musée dans le prolongement de la Bergerie et en fixe la scénographie. Michel Ciry meurt dans sa centième année en décembre 2018. Il lègue une œuvre grave, empreinte d’une lumineuse présence, faite de visages qui interpellent et questionnent l’humanité dans son rapport à l’Autre, « cette étrange humanité rêveuse, inquiète, quémandeuse, adorante (…)» écrit-il dans son journal en 1968, et dont il n’a eu de cesse de sonder la profondeur.

Collection permanente

Michel Ciry

En 2012, Michel Ciry créé son musée dans le prolongement de La Bergerie, où il habite et travaille pendant près de 50 ans, dans le but de protéger et transmettre son œuvre. La collection comporte 64 peintures exposées en alternance entre portraits et paysages et s’enrichit au fil du temps de dessins et de gravures redécouvertes dans le fonds important du musée.

 

ouverture

Mai à septembre et vacances d’automne
Tous les jours sauf le mardi
De 14h00 à 18h00

Avril et octobre
Le week-end uniquement
De 14h00 à 18h00

 

tarifs

Tarif plein : 9 €
Tarif réduit : 7 €
Gratuit pour les moins de 16 ans